TRAVAILLER À PARTIR DES ARCHIVES D’UN CENTRE D’ARTISTES

« Dérouler l’archive : LASART (1982) revisité » est un projet d’artiste-commissaire qui comporte deux phases de recherche et deux expositions réalisées, dans un premier temps, à partir des archives de la Galerie Sans Nom (Moncton, N.-B.) et, dans un deuxième temps, à partir des archives du centre d’art actuel Langage Plus (Alma, Qc). L’intention est d’utiliser ces documents d’archives relatifs au projet LASART de ces deux organismes comme matière première afin d’habiter l’espace de la galerie et de créer un contexte où ceux-ci sont remis en valeur. 

À la croisée d’une résidence de recherche et d’un laboratoire, ce projet met de l’avant une pratique alternative qui consiste à explorer, à démystifier et à valoriser une « zone grise », c’est-à-dire les frontières poreuses entre les disciplines d’artiste, de commissaire, d’archiviste et d’historien(ne) de l’art.

  © Elise Anne LaPlante 2015

© Elise Anne LaPlante 2015

Les documents du projet LASART sont donc revisités afin de créer un dialogue entre le passé et le présent, permettant des interprétations contemporaines du passé, peut-être révélatrices de nouveaux discours. L’approche créative à l’égard des documents archivistiques incite à considérer leurs différents potentiels.

Une autre dimension importante du projet est l’écriture. Les publications d’art et d’artistes sont une forme d’expression considérable et significative. L’écriture sur les arts assure la pérennité des événements artistiques et leur permet de s’inscrire de façon plus définitive et permanente dans l’histoire de l’art, un peu à la manière d’archives, mais de façon rassemblée et organisée.

Ainsi, l’exposition est, en quelque sorte, une publication sous forme d’installation dans l’espace de la galerie, qui s’accompagne, dès le premier volet du projet (Moncton, N.-B.), d’une interface web où l’écriture est mise de l’avant et, suite au deuxième volet du projet (Alma, Qc), d’une publication imprimée. Ce projet se veut une rencontre entre la recherche historique et la recherche artistique, avec le travail de commissaire et d’archiviste comme pont entre les deux.

LASART (1982) 

Le projet LASART consistait en une série de communications télématiques entre deux centres d’artistes situés en régions. Cette initiative du centre d’artistes Langage Plus, réalisée en collaboration avec la Galerie Sans Nom, a été possible grâce à une subvention dans le cadre du programme Explorations du Conseil des arts du Canada. Son objectif était de transgresser l’univers des communications propre à la presse écrite en utilisant les avancées technologiques à des fins artistiques.

Le projet, en 1982, touchait trois grands thèmes pertinents à l’époque, mais qui peuvent aujourd’hui être réexplorés sous une lentille contemporaine : l’art et les technologies; l’art et la communication; et la collaboration entre centres d’artistes canadiens en périphérie des grandes villes.

On peut l’envisager dans la continuité du Mail Art. D’ailleurs, les centres d’artistes ont eux aussi été fondés par souci de créer un réseau rassemblant les manifestations d’art actuel partout au pays, c’est-à-dire un réseau qui établit et favorise les communications artistiques d’un océan à l’autre. 

 Document original : Affiche du projet en 1982.

Document original : Affiche du projet en 1982.

Toutefois, les grandes villes telles que Montréal, Toronto et Vancouver ont connu un développement particulièrement important de ces organismes. Des initiatives en ce sens se sont cependant peu à peu manifestées en périphéries. Langage Plus et la Galerie Sans Nom sont des exemples de « centres décentralisés » qui ont collaboré selon l’esprit fondateur des centres d’artistes autogérés. 

LASART était donc innovateur par son esprit de collaboration, mais aussi dans son utilisation des technologies les plus avancées. Le téléscripteur et le transfert d’images par photolaser étaient à l’époque majoritairement réservés aux presses nationales et internationales ou autres infrastructures nécessitant une communication instantanée et éphémère. Avant LASART, aucune utilisation de ces appareils à des fins artistiques n’était connue, ce qui vaut au projet sa qualité expérimentale.

Pendant un mois, les artistes participants se sont échangé des messages – ce que l’on nommerait aujourd’hui du clavardage – sur une machine, cousine du dactylographe et ancêtre de la messagerie instantanée. Ces technologies ont donné lieu à des discours de découverte et de fascination, mais aussi beaucoup de réflexions artistiques sur les pratiques de chacun et sur le contexte décentralisé de chacune des régions.

Point culminant du projet, un 12 heures d’échanges par photolaser, celle-ci ancêtre du fax, d’images créées par les artistes soit en solo ou en duos, soit en duos Moncton-Alma, qu’on peut concevoir comme une journée de Mail Art instantané.

REVISITÉ À TRAVERS LES ARCHIVES

Dans le cadre du projet actuel, le choix de retenir LASART et de revisiter l’initiative s’est imposé pour deux raisons principales, l’une archivistique et l’autre thématique. 

  © Elise Anne LaPlante 2015

© Elise Anne LaPlante 2015

D’abord, il a rapidement été évident que le contenu du fonds d’archives de la Galerie Sans Nom, qui est le point d’ancrage du projet, était moins étoffé qu’on ne l’avait anticipé, ce qui soulève deux hypothèses. La première, fort probable, est qu’à l’époque les centres d’artistes, étant tout jeunes, n’avaient pas la vision et le souci de conservation de leurs productions. La deuxième est que le traitement de ce fonds d’archives s’est simplement voulu très sélectif. N’empêche que LASART demeure l’un des projets de la Galerie Sans Nom les plus documentés, ce qui en soi témoigne de son importance. Comme le projet actuel est à la base une initiative dont les archives sont le noyau, il était difficile d’ignorer cette domination de la documentation sur un seul projet. Lors de la deuxième phase de « Dérouler l’archive : LASART (1982) revisité », soit au centre d’art actuel Langage Plus, il a aussi été possible de remarquer un grand nombre de documents d’archives sur le projet LASART original, ce qui est venu appuyer les constats de la première phase.

Par ailleurs, plusieurs thèmes exploités à l’époque par LASART sont encore pertinents de nos jours. Divers parallèles fort intéressants peuvent être tissés entre le contexte des années 1980 et celui d’aujourd’hui. La réinterprétation de ces documents archivistiques permet une comparaison des points de vue de chacun, qui vient ébranler ce que nous tenons peut-être pour acquis après plus de 40 années d’existence de ces centres, si subversifs à l’époque et enracinés de nos jours.

UNE COLLABORATION ENTRE LIEUX D’ART ACTUEL DÉCENTRALISÉS 

Le projet original s’inscrivait dans une période où le développement d’une conscience décentralisée de l’art était en plein essor; il témoigne du dynamisme d’une telle prise de position. Non seulement des regroupements, associations ou centres d’artistes se fondaient en région, mais des liens se formaient entre ces manifestations de l’art actuel en périphérie.

De plus, comme l’explique Guy (Sioui) Durand dans son texte « Les réseaux d’art : alternative au centralisme » (1983), la vivacité et la ténacité de ces centres ont fait de sorte qu’ils ont revendiqué leur part de subventions et de visibilité. Il ajoute que cette ardeur alimente l’innovation non seulement dans les pratiques artistiques et dans les infrastructures culturelles, mais aussi dans les discours émis sur l’art actuel.

L’art actuel en région profite également d’une proximité avec une diversité de discours, ce qui se distingue de l’égocentrisme reproché aux productions dans les lieux centralisés. À cela s’ajoute une conscience expérimentale et de réseautage qui tente d’échapper aux modèles institutionnels.

On reconnait dans cette situation le contexte actuel des centres d’artistes au pays. Bien que les métropoles comme Montréal, Toronto et Vancouver demeurent dominantes et imposantes en ce qui concerne l’art actuel, de nombreux centres d’artistes sont actifs en région, tout comme plusieurs associations existent afin de maintenir leur dynamisme et les liens entre eux.  

Justement, un numéro récent de la revue Inter, art actuel atteste de la pertinence de la réflexion sur la décentralisation de l’art actuel. Ce numéro réactualise un texte, publié il y a plus de 25 ans, sur les pratiques artistiques dans des lieux alternatifs, afin de faire valoir que l’enjeu qu’il aborde, soit la tendance qu’ont les artistes et les travailleurs culturels de graviter vers les grands centres, est encore réalité.

La collaboration entre les centres d’artistes n’est certainement pas inexistante, mais demeure un défi, autant dans les métropoles qu’en périphérie. Il existe des initiatives occasionnelles, mais la collaboration pourrait être renforcée de façon à s’acquitter du mandat qui leur a été confié à l’origine.

LASART était donc un projet avant-gardiste de collaboration entre infrastructures alternatives, qui témoigne des expérimentations de l’époque. Quant au contenu de ce projet, on peut le qualifier d’art réseau, un genre d’initiatives qui explorent les frontières poreuses entre l’art et la communication.

 

" Centres d'artistes autogérés actifs en 1982 dans l'est du pays ", sérigraphie, 2015.  /  © Elise Anne LaPlante 2015  /  Photo : Annie France Noël

« Le but : déjouer la censure et la marginalité par une circulation des idées faisant éclater les ghettos géographiques et idéologiques tout en confrontant des visées inédites de l'art à celles des institutions. » 

                                                                              - Guy Durant, « Les réseaux d'art : alternative au centralisme »Intervention, no 19, 1983. 

 

As an artist writing about museums by artists, about my own history, which is a story beginning in 1968, a Canadian story with elaborately Canadian characters dreaming the Canadian dream of one community, that is a network of communities, sea to sea, in that reticent evocation of collective consciousness which seems our national destiny; as a Canadian artist then, wanting a Canadian art scene just like in New York, or London, or Paris in the thirties; as a Canadian artist typically unable to picture the reality of a Canadian art scene except as a dream projected upon the national landscape as a sea-to-shining-sea connective tissue; that is as a dream community connected by and reflected by the media; that is, authenticated by its own reflection in the media; as such a Canadian artist desiring to see not necessarily himself, but the picture of his art scene pictured on TV; and knowing the impossibility of an art scene without real museums (the Art Gallery of Ontario was not areal museum for us), without real art magazines (and artscanada was not a real art magazine for us), without real artists (no, Harold Town was not a real artist for us, and we forgot that we ourselves were real artists, because we had not seen ourselves in the media - real artists, like Frank Stella, appeared in Artforum magazine), as such an artist desiring such a picture of such a scene, such a reality from sea-to-shining-sea, then, it was natural to call upon our national attributes - the bureaucratic tendency and the protestant work ethic - and working together, and working sometimes not together we laboured to structure, or rather to untangle from the messy post-Sixties spaghetti of our minds, artist-run galleries, artists' video, and artist-run magazines. And that allowed us to allow ourselves to see ourselves as an art scene. And we did.

                                          - BRONSON, A.A., « The Humiliation of the Bureaucrat:  Artist-Run Centres as                                                              Museums by Artists  », dans BRONSON, A.A. et Peggy GALE (dir.), Museums by                                                      artists, Toronto, Art Metropole, 1983, 287 p.

 

LA (TÉLÉ)COMMUNICATION COMME DÉMARCHE ARTISTIQUE 

La communication était certainement fondamentale et centrale dans le cadre du projet LASART. Les artistes se sont réapproprié à des fins artistiques un appareil voué à la communication afin d’établir un échange constant et instantané, défiant ainsi l’espace-temps qui sépare les interlocuteurs.

Comme l’avance Ginette Daigneault dans l’article « Au croisement des pratiques artistiques et communicationnelles : un art qui a lieu » (2001), l’art réseau est un art de performance et de participation, dans lequel le rapport au processus de création doit être apprivoisé. Autrement dit, l’expérience artistique fait appel à l’interactivité de façon expérimentale et se définit par les interventions des participants. L’action de communiquer ainsi que ses résultats sont priorisés comme production artistique plutôt qu’une réalité matérielle.

L’expérience doit aussi être collective et, dans le cas de LASART, instantanée. Au-delà du réseautage artistique connu, tels que le Mail Art et le réseautage assuré par les centres d’artistes, on met ici en cause la télécommunication, très peu utilisée comme outil artistique. 

La télécommunication a intrigué et émerveillé les artistes participants, même si chez plusieurs l’apprivoisement s’est fait rapidement. Ces derniers ont échangé leurs réflexions avec des inconnus qui leur sont très vite devenus familiers, même s’ils ne connaissaient ni le visage, ni la voix de leurs correspondants.

De nos jours, et surtout chez les plus jeunes, la communication télématique est tenue pour acquise, voire banalisée; des échanges, autant professionnels que personnels, sont envoyés quotidiennement dans un univers virtuel qui échappe à toute matérialité.

Les échanges par télécommunication de LASART étaient similaires au clavardage du XXIe siècle, mais réalisés de façon rudimentaire. Comme il n’y avait qu’une seule voie de communication, il a fallu beaucoup d’organisation pour planifier les rencontres, faire coïncider les horaires des artistes ou carrément les faire participer à tour de rôle. Toutefois, quelques artistes sont allés au-delà des intentions du projet, et leur expérience se rapproche des échanges soutenus et spontanés qui sont communs aujourd’hui.

Les échanges entre Tom et Lise en sont un bon exemple. Malgré la distance, malgré les barrières limitant la communication aux mots écrits, ce qui a débuté comme une réflexion sur les manifestations artistiques qui leur étaient contemporaines a évolué rapidement en un flirt. Même si cette rencontre émotive était entrecoupée par la planification d’un projet final collectif réalisé à l’aide de l’appareil photolaser, il reste qu’un lien particulier s’est établi entre les deux participants.

Il s’agit peut-être d’un des premiers flirts qui a pris naissance par l’entremise de la télécommunication, demeurée jusqu’alors très professionnelle. Ce cas était annonciateur d’une réalité qui n’est pas hors de l’ordinaire plus de 30 ans plus tard. Les « blind dates » virtuelles étaient destinées à voir le jour, mais elles ont dû attendre, du moins pour se populariser, la venue de l’Internet.

 

« L'art ne parle plus de l'art mais réfléchit la communication, ses codes, ses modèles, ses enjeux. »

                                                                   - Ginette Daigneault, « Les arts réseaux : Une épreuve des sens »Inter : Art actuel, no 36, 1996.

LA TECHNOLOGIE COMME AVANT-GARDE ARTISTIQUE

 Exemple d'une tour du sémaphore.

Exemple d'une tour du sémaphore.

Les premières expériences de communication à distance remontent à plusieurs siècles. Par exemple, à la fin du XVIIIe siècle, l’inventeur français Claude Chappe instaure un système révolutionnaire de communication par chaine de signaux : le sémaphore. Des tours sont placées à intervalles de huit kilomètres environ, où chacune reproduit, une à la suite de l’autre, la forme de la tour précédente pour faire avancer un message codé dans l’espace. 

Le sémaphore était une technologie élitiste car la population n’avait pas été mise dans le secret de son existence avant que ces tours fassent partie intégrante du paysage. D’une certaine façon, l’avancée technologique du téléscripteur rappelle celle du sémaphore dans la mesure où les avancées technologiques n’étaient pas démocratisées ni très accessibles au début des années 1980. 

Dans le cas de LASART, c’est par appropriation que l’art actuel a transgressé les frontières en incluant la technologie dans sa pratique. Il était novateur d’utiliser la technologie à des fins artistiques, aussi bien pour l’art que pour la technologie. D’une part, l’art a élargi les possibilités de la technologie; d’autre part, la technologie a participé à la production artistique et a renouvelé son approche. Le processus artistique était mis en évidence, plutôt que l’objet. De plus, l’utilisation de la technologie par LASART a donné lieu à une démarche de création artistique collaborative qui s’est opérée autant dans la sphère personnelle que professionnelle.

Le projet se terminait par un échange d’images par photolaser qui devait être l’aboutissement des communications écrites tenues pendant le mois précédent. Toutefois, les artistes ont rapidement compris que le projet artistique allait bien au-delà du résultat physique de la dernière journée, et que c’est le processus en entier qui était une manifestation artistique.

Un autre cas singulier s’est voulu particulièrement d’avant-garde. Un artiste de Moncton s’est rendu incognito à Alma et, s’identifiant sous le pseudonyme Lorenzo, a communiqué avec les gens de Moncton par le téléscripteur. Le dernier jour, l’artiste, de retour à Moncton, a dévoilé son identité lorsqu’il a envoyé son projet photo par photolaser. La réaction, autant à Alma qu’à Moncton, en a été une de confusion et de surprise.

Cette action de Lorenzo témoigne des possibilités de l’art réseau comme art de performance et de participation. Avec le recul on peut comprendre que son geste est très représentatif des enjeux technologiques de nos jours. Les identités virtuelles inventées, et tous ceux qui embarquent inconsciemment dans ces fictions, sont histoire commune sur le Web. D’une certaine façon, Lorenzo a anticipé les possibilités de jeux d’identités fictives de l’ère télématique.

" Teletype Model 28", sérigraphie, 2015.  /  © Elise Anne LaPlante 2015  /  Photo : Annie France Noël

Document Polaroid du téléscripteur.

 

Document Polaroid originaux  -  Machine Photolaser : 1- Émetteur  2- Récepteur :

 Téléphone nécessaire pour le fonctionnement des machines. -  Document Polaroid original.  /   © Herménégilde Chiasson 1982

Téléphone nécessaire pour le fonctionnement des machines. -  Document Polaroid original.  /  © Herménégilde Chiasson 1982

 Téléscripteur  -  Document Polaroid original.  /   © Herménégilde Chiasson 1982    

Téléscripteur  -  Document Polaroid original.  /  © Herménégilde Chiasson 1982    

  Téléscripteur  -  Document Polaroid original.  /    © Herménégilde Chiasson 1982

Téléscripteur  -  Document Polaroid original.  /  © Herménégilde Chiasson 1982

 Machine photolaser  -  Document Polaroid original.  /   © Herménégilde Chiasson 1982

Machine photolaser  -  Document Polaroid original.  /  © Herménégilde Chiasson 1982

 Yvon Gallant utilisant la machine photolaser  -  Document Polaroid original.  /     © Herménégilde Chiasson 1982

Yvon Gallant utilisant la machine photolaser  -  Document Polaroid original.  /  © Herménégilde Chiasson 1982

 

« Ces artistes utilisent les réseaux de télécommunication comme médium et surface de création, dans le but d'explorer et d'expérimenter les nouvelles frontières de notre sensibilité spacio-temporelle. »

                                                                    - Ginette Daigneault, « Les art réseaux : Une épreuve des sens »Inter : Art actuel, no 36, 1996.

LE DOCUMENT TÉLÉMATIQUE, D’HIER À AUJOURD’HUI

« C’est le partage de la proximité à distance dans un contexte d’ouverture à l’expérimentation collective. L’art réseau a lieu et l’artiste œuvre. »

           - Ginette Daigneault, « Au croisement des pratiques artistiques et communicationnelles : Un art qui a lieu » 2001

 

Dérouler l’archive : LASART (1982) revisité permet, grâce à l’exploration des archives, de soulever la pertinence de l’interdisciplinarité en déconstruisant – comme le faisait déjà LASART – les frontières entre les disciplines. Se libérer des contraintes disciplinaires permet de développer un discours s’appuyant sur une multitude de points de vue. Dans cette optique, la réalité et la fiction des recherches historiques et artistiques sont interpelées de façon à créer, conjointement, un récit contemporain où les archives sont centrales, mais ouvertes à la réinterprétation.

Certes, la prise de conscience et l’innovation au cœur du projet LASART sont propres à leur époque, mais leur réactualisation permet de réfléchir à leur actualité. D’abord, bien que les centres d’artistes soient plus nombreux qu’à l’époque, les collaborations n’ont pas nécessairement augmenté proportionnellement. Quant à la technologie, son développement s’est accentué exponentiellement, et l’art actuel continue de se l’approprier afin de repousser progressivement ses propres limites.

Le développement de la technologie a considérablement réduit la distance entre les artistes dans les années 1980, mais la communication télématique est maintenant passée au virtuel, où la conception de l’espace-temps est complètement éclatée. On peut se demander quel serait l’équivalent, aujourd’hui, d’un projet artistique de correspondance à la fine pointe de la technologie.

 

                                ELISE ANNE LAPLANTE / ARTISTE-COMMISSAIRE

                        

J'aimerais sincèrement remercier la Galerie Sans Nom pour l'opportunité initiale et pour le support, le Centre d'études acadiennes Anselme-Chiasson pour le prêt des archives, l’Atelier d’estampe Imago pour les équipements, le centre d’art actuel Langage Plus pour l’accueil et la confiance, le Centre SAGAMIE pour l’aide à la production du livre d’artiste-catalogue ainsi que le Conseil des arts du Nouveau-Brunswick pour l’appui financier pour la résidence à Alma. Merci!